Toutes les images et textes de ce site sont protégés par les lois internationales sur le copyright et ne peuvent être reproduits ou utilisés sans une autorisation écrite de son auteur.

 

 

LE COUP DE CHALEUR :

 

 

Les beaux jours arrivent et les frimas vont céder la place à la canicule. A cette occasion, parlons un peu d'un accident stupide qui coûte chaque année la vie à bon nombre de nos chiens: le coup de chaleur.

Un peu de physiologie pour comprendre comment arrive ce syndrome, qui est rapidement fatal sans soins appropriés.

Le coup de chaleur est ni plus ni moins que l'insolation qui peut frapper également l'homme les jours de grande chaleur. En terme clair, il s'agit d'une surchauffe de l'organisme.

La physiologie des êtres vivants est une chose délicate qui met en jeu une multitude de réactions chimiques et biochimiques qui nécessitent une température parfaitement régulière pour fonctionner. Dans le règne animal, on se débrouille plus ou moins bien pour conserver sa température constante: les animaux hothrothermes, que l'on appelle incorrectement animaux à sang froid, n'y arrivent guère et leur température interne varie en fonction de celle du milieu où ils se trouvent. S'il fait trop froid, ils se mettent au ralenti, s'il fait trop chaud, ils sont obligés d'aller se terrer loin des rayons du soleil.

Les animaux homéothermes (dit à sang chaud) se moquent bien des fluctuations de température. Ils possèdent des mécanismes de régulation qui permettent en toutes circonstances ou presque de maintenir une température interne constante. Nous autres mammifères sommes des animaux homéothermes et nous savons que la température de l'homme est de 37°C environ et celle du chien de 38°C.

Le système de régulation thermique est très complexe et ressemble un peu à ce que nous avons dans nos maisons: des murs bien isolant gardant la chaleur l'hiver et le frais l'été, un bon chauffage central et la climatisation pour l'été. Pour l'isolant, c'est la fourrure qui joue le rôle principal. Elle protège aussi bien du froid que des rayons directs du soleil. à l'entrée de l'été. Les mécanismes de chauffage (appelé la thermogenese) sont nombreux, mais nous ne les aborderons pas ici.
En revanche, nous allons nous intéresser aux dispositifs de réfrigération (thermolyse), primordiaux l'été.

Chez l'homme, le principal dispositif de réfrigération est la transpiration. L'eau, en s'évaporant, produit du froid: c'est bien connu.
Il n'y a qu'à mouiller son index et l'agiter dans l'air pour s'en rendre compte. L'homme est particulièrement bien équipé pour faire face aux grosses chaleurs: il faut dire qu'à la base, notre espèce est d'origine tropicale. On définit la zone de neutralité thermique comme étant la température à laquelle le corps est content et ne dépense pas un iota d'énergie pour se réchauffer ou se refroidir. Chez l'homme, tout nu, cette température est de l'ordre de 21°C. Baladez vous dans le plus simple appareil en plein hiver et vous vous rendrez bien compte que le froid n'est pas notre tasse de thé. Et personne, même pas les esquimaux, ne fait exception. Bien sûr il existe un certain nombre de mécanismes d'adaptation au froid ou au chaud, mais cela déborde un peu de notre cadre.

Le chien est nettement plus à l'aise en hiver et aucun griffon de rechigne à se balader en plein hiver, allant jusqu'à se baigner dans l'eau glacée.
Bien sur, vous allez le voir frissonner mais ce frisson justement est un des "chauffages d'appoint" dont dispose l'espèce canine pour résister au froid. Les performances dans le froid extrême sont extraordinaires, les chiens du grand nord sont là pour le prouver, l'espèce canine est issue du loup qui est un animal de pays relativement froids. La température de neutralité thermique du chien se situe aux alentours de 10fC.

En revanche, le chien est nettement moins bien équipé que nous pour se refroidir. Vous savez en particulier que le chien ne transpire pas. Ce n'est pas tout à fait exact et le chien possède des glandes sudoripares sous les pattes: vous pouvez le voir l'été aux traces qu'il va laisser sur un carrelage poreux ou du bois brut. Ces glandes sudoripares sont tout à fait insuffisantes pour assurer le refroidissement du corps. Le chien se rafraîchit d'une façon plus originale par le mécanisme du halètement: la langue sert d'échangeur thermique (elle est particulièrement large et très bien irriguée par les vaisseaux sanguins). Les glandes salivaires sont
hyperactives. En activant le mouvement respiratoire particulier du halètement, le chien va évaporer sa salive et refroidir du même coup le sang passant dans la langue.
Le système est efficace, mais n'a rien à voir avec la transpiration de l'humain, chez qui toute la surface de la peau joue le rôle d'échangeur.

On le voit, le chien est beaucoup plus sensible à la chaleur que l'homme.
Et nous devons toujours le garder en tête.

Mais certains l'oublient et voila le triste scénario:

Un chien enfermé dans un petit volume d'air: l'habitacle d'une voiture, ou pire, le coffre. Les fenêtres sont fermées ou légèrement entrouvertes. On a bien garé la voiture à l'ombre de ce petit bosquet, mais le soleil a tourne pendant que nous profitons d'un bon gueuleton dans ce petit restaurant.
Il fait chaud et lourd. Sûr que l'on aura de l'orage cet après-midi.

Voila: Le drame est en place. Il fait chaud et toutou halète, halète. L'intérieur de la vitre en est tout humide. Et pour cause, l'air surchauffé et non renouvelé a atteint la saturation à l'intérieur de la voiture, à force d'évaporation, l'humidité relative est proche de 100%, comme sous les tropiques. Lorsque l'air est à saturation, le chien a beau haleter tout ce qu'il veut, il n'y a plus évaporation. Alors plus rien ne s'oppose à ce que le corps de toutou chauffe également. Sa température interne augmente: 39, 40, 41°C. Les premières convulsions apparaissent autour de ces températures. C'est en effet les chimies complexes du système nerveux qui
souffrent les premières de la surchauffe. Puis c'est rapidement le marasme conduisant au coma et à la mort.
Le joyeux dîneur, son pousse-café dégusté, retrouve un cadavre à la place de son fidèle compagnon.

Que faire alors pour éviter cela ?
Il ne faut JAMAIS laisser un chien dans un lieu clos et à la chaleur. Dans une voiture en plein soleil, la température peut atteindre une cinquantaine de degrés. Il faut donc, si vous ne pouvez pas emmener toutou avec vous, ce qui est le mieux, garez votre voiture à l'ombre en réfléchissant à la course du soleil au cours de la journée. Les fenêtres ou le hayon de la voiture doivent être largement ouverts de façon à assurer une aération abondante. Certains véhicules sont équipés d'une ventilation mécanique qui fonctionne véhicule arrété: c'est une excellente solution et je sais qu'il existe de tels accessoires qui fonctionnent à l'énergie solaire.
Surveillez régulièrement vos chiens. N'hésitez pas tous les quarts d'heure à laisser cinq minutes vos convives pour surveiller ce qui se passe dehors.
Haleter coûte pas mal d'eau : un bol de boisson bien fraîche sera le bienvenu, voire une petite douche (mouillez le poil avec une bouteille d'eau) si la température est vraiment caniculaire.
Méfiez-vous des temps d'orage : les conditions (atmosphère chaude et humide) sont particulièrement propices aux coups de chaleur.

Vous êtes témoin d'un coup de chaleur dont est victime le chien d'un ami (pas vous): vous avez scrupuleusement respecté les conseils plus haut: que faire?

Un seul mot d'ordre : refroidir le chien, et principalement la tête. Pour cela tous les moyens sont bons, mais le meilleur reste le bain glacé.
Utilisez des glaçons dans un torchon pour refroidir le crâne ou des blocs réfrigérants pour glacière. Courez chez le vétérinaire le plus proche qui fera un traitement adapté. C'est plus rare, mais on ne sait jamais : ces conseils sont aussi valables en cas d'insolation chez l'homme (conduisez le malade chez le médecin ce coup-ci!).

Vous voila paré pour l'été. Souvenez-vous que votre compagnon n'est pas capable d'endurer les grosses chaleurs comme nous et que nous devons veiller à son confort l'été comme à la prunelle de nos yeux. Répandez la bonne parole et n'hésitez pas à interpeller l'inconscient qui abandonne son chien dans une voiture en plein soleil.


Dr. Vêt. J.P. LAUTIER.